Une vidéo montre comment des mutins sont abattus sans sommation par la garde républicaine.

Dimanche 19 mai, veille de la Pentecôte, une quarantaine de personnes traversent Kinshasa en pleine nuit. Selon les autorités de la RDC, ces mutins cherchaient à commettre un coup d’État en visant une Première ministre sans gouvernement dont ils ignoraient le lieu de résidence, un ministre de la Défense sortant qui aurait été absent de son domicile, pour finalement se rabattre sur la résidence du ministre sortant du Budget, Vital Kamerhe, pressenti par la plateforme politique de la majorité, l’Union sacrée de la nation (USN), comme futur président de l’Assemblée nationale.

Tentative de coup d’État ou manipulation à Kinshasa ?

Après un échange de coups de feu dans cette résidence, après la mort de deux policiers attachés à la sécurité de Vital Kamerhe et d’un assaillant, les membres de cette aventure se sont dirigés vers le Palais de la Nation, les bureaux présidentiels, adossés au fleuve Congo et vides en pleine nuit.

Vidéos en pagaille

Dans ce lieu du pouvoir où ils sont entrés sans difficulté, le chef de ce qui est présenté comme un coup d’État, Christian Malanga, un Congolais établi depuis quelques années aux États-Unis, a paradé devant les objectifs des réseaux sociaux pour présenter sommairement son objectif de renverser le pouvoir d’un Tshisekedi présenté comme un « usurpateur », un slogan que ce mobutiste martelait déjà du temps de Kabila.

”Ce qui est très surprenant, pendant cette mise en scène, c’est que ses hommes le regardent, sans chercher à se positionner pour faire face à une réplique de l’armée qui doit forcément arriver”, s’étonne un ancien diplomate du Quai d’Orsay.

Les images suivantes montrent le corps sans vie de Christian Malanga, ses hommes avançant, hébétés, couverts de boue, sous la surveillance des militaires congolais qui, selon les autorités, ont mis fin à cette tentative de coup d’État.

“À Goma, on a atteint le sommet de l’inhumanité”

”Ce qui est surprenant, explique un expatrié installé à Kinshasa, c’est que tous les hommes sont couverts de boue et leurs haillons sont détrempés. Or, si on voit bien le corps de leur chef, sa tenue est sèche. Il serait donc le seul à s’être fait abattre sans chercher à fuir par le fleuve, seule voie possible de fuite à cet endroit.”

D’autres images, qui ont commencé à circuler ce mercredi, montrent Christian Malanga, vivant, détenu et escorté par des militaires.

“Des images qui interpellent. Comment Malanga va-t-il se retrouver sans vie dans les herbes autour du palais. Autre élément étonnant, Malanga est en T-Shirt rouge. Quand sa dépouille est photographiée, il est dans sa tenue militaire. Décidément, il y a quelque chose qui ne va pas”, poursuit l’expatrié qui ne cache pas un “sentiment de duperie” dans la population. “Beaucoup de gens, à Kinshasa, pensent que toute cette affaire est un montage soit pour abattre Kamerhe, soit pour faire peur à la classe politique. Personne, à part les talibans au service du pouvoir, ne pense qu’il s’agit d’un vrai coup d’État”.

Garde républicaine en cause

Deux jours après ces faits, d’autres images apparaissent sur la toile. Un bateau sur le fleuve Congo. Des hommes de la garde républicaine, béret rouge sur la tête, arme au poing.

Dans le bateau, des mutins qui ont été arrêtés alors qu’ils tentaient, vraisemblablement de se cacher dans la boue qui borde le fleuve. L’un d’eux est abattu à bout portant par un béret rouge. Un autre tente de fuir à la nage. Il est repéré, les cris fusent, les tirs éclatent, les balles crépitent. L’homme remonte deux fois à la surface avant de disparaître dans le fleuve. “Ces images sont terribles, explique l’avocat Alexis Deswaef, vice-président de la fédération internationale des droits de l’homme. “ce sont des exécutions extrajudiciaires.

En temps de guerre, cela relève du crime de guerre”. Comment expliquer que ces images ont été filmées ? “C’est de la bêtise, explique le Bob Kabamba, politologue à l’université de Liège. Je suis convaincu que celui qui a filmé pense faire du bon boulot. Cela rappelle les images du massacre de Goma”.

Le Congo est-il confronté à un escadron de la mort ?

Le 30 août 2023, à Goma, dans la province du Nord-Kivu placée en état de siège, la garde républicaine a mené une répression sanglante contre un mouvement politico-religieux qui préparait une manifestation contre les troupes onusiennes, tuant plus de 50 personnes. Deux mois plus tôt, les mêmes troupes, qui dépendent directement du président de la République, avaient ouvert le feu sur des jeunes d’un parti politique à Lubumbashi, faisant au moins une vingtaine de victimes. En avril 2020, la garde républicaine a perpétré un autre massacre au Kongo central, à Songololo, tuant au moins 55 personnes, selon une enquête menée par l’ONG Human rights watch.

À chaque fois, la garde républicaine, à chaque fois de nombreuses victimes, à chaque fois, jusqu’ici, l’impunité pour ces assassins qui appartiennent à une troupe d’élite qui apparaît de plus en plus comme un escadron de la mort.

FK

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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