LUI :

Monsieur, bonjour. Nous sommes aujourd’hui spectateur de la création et mise en place d’une nouvelle plate – forme ‘ Pacte pour le Congo retrouvé’ pour soutenir le chef de l’état dans sa vision…que cela apportera dans le quotidien de la population? Y aura – t- il du neuf?

MOI :

Je sais, pour les avoir analysés depuis des années, que des politiciens congolais sont des faiseurs éternels des PACTES. Ils les multiplient les uns après les autres au gré de leurs intérêts. Maintenant là où j’ai un tic c’est concernant la formule “ Congo retrouvé “.

Philosophiquement, on ne peut retrouver que quelque chose qu’on a perdu ou dont on a été dépossédé. Si cet objet retrouvé serait le Congo, c’est que c’est le même Congo qui a été PERDU et DÉPOSSÉDÉ des congolais tout récemment dans le quinquennat qui vient de s’achever en 2023.

Mais posons-nous la question : qui sont les principaux agents de cette perte et dépossession? Je regarde tout autour et je vois que beaucoup sinon la plupart de membres de ce pacte sont les principaux fossoyeurs du Congo, les principaux agents de sa perte et défaillance. Examinez le parcours de quatre leaders de cette plateforme et les ministères qu’ils ont eu à diriger: l’économie par VT; l’industrie par Paluku et le commerce par Bussa. Tout congolais sait que la “PERTE “ du pays est venue par la gestion calamiteuse de ces ministères-clé de la santé économique du pays.

D’où cette question lancinante que soulève ce pacte : comment le fossoyeur peut-il brusquement s’autoproclamer sauveur du pays? Comment un pyromane peut-il se convertir du jour au lendemain en sapeur-pompier? Je serai personnellement le dernier congolais à croire à cette métamorphose. Je prends ces déclarations politiques comme des vœux pieux; comme des discours pouvant cacher d’autres plans plus pernicieux.

LUI :
Vous faites allusion à quoi quand vous dites autres plans plus pernicieux ?

MOI :
Je pense à la politique politicienne très prisée par les acteurs politiques congolais, à cette manière de faire la politique en invoquant toujours le peuple sans pourtant mettre l’intérêt de peuple congolais au centre de leurs ambitions politiques.

Dans son allocution le jour de la sortie de ladite nouvelle plateforme, Vital Kanerhe a beaucoup insisté sur la discipline au sein de la majorité présidentielle. Mais cette consigne d’appel à la discipline peut avoir plusieurs interprétations .

Lui et son allié Félix Tshisekedi n’ont pas oublié de quelle manière le tripatouillage électoral de Kabila avait procédé en nommant le président pour lui succéder tout en se réservant la majorité parlementaire avec droit de nommer un premier ministre. Vital Kamerhe et Tshisekedi savent que la classe politique congolaise est très versatile et que cette majorité parlementaire peut basculer d’un mois à l’autre comme ce fut le cas pour Joseph Kabila en 2020. Au mieux, cette plate-forme dans la plate-forme peut alors être interprétée comme un mécanisme prophylactique pour prévenir cette pire éventualité.

Mais au pire, à y regarder de plus près, le danger qui se profile à l’horizon est celui de désagrégation de l’USN suite à la répartition de nombres de sièges au parlement où l’UDPS s’est arrogé la part de lion. C’est sûrement pour cette raison que commence à naître une surenchère au sein de l’USN qui se trouve ainsi fragilisée par l’émergence d’une nouvelle plateforme où les initiatives sont désormais prises non plus par le praesidium du groupe mais par des sous-groupes. Nous assistons à une remise en question fondamentale des équilibres internes de l’USN.
J’ai comme l’impression que cette majorité conquise au dernier scrutin électoral est devenu un gâteau disputé et chacun veut avoir la grande part au partage de dividendes.

LUI :
Mais concrètement tu peux m’expliquer comment est née cette fissure, cette dissension interne?

MOI :

Les frustrations sont nées du nouveau profil du Parlement national où l’UDPS détient à elle seule 232 sièges. Pour un parlement de 500 sièges, ce n’est pas rien. Ceci a nécessairement des implications politiques énormes. Car le positionnement actuel de l’UDPS au parlement implique qu’à elle seule, elle réussit à former déjà une majorité présidentielle avec l’objectif principal de se passer de ses partenaires directs de l’USN. L’ambition de l’UDPS est de créer sa majorité absolue qui lui permet de ne plus dépendre de ses alliés directs quand il s’agira de prendre d’importantes décisions à son avantage . Ça c’est de un.

De deux , un regard plus profond permet de comprendre que l’UDPS a déjà réfléchi à l’après 2028 mais elle n’a pas oublié l’Accord de Nairobi de 2018 qui stipulait que Vital Kamerhe, l’allié de Tshisekedi, soit le Premier Ministre en cas de présidence de son allié et qu’il soit son dauphin indiscutable à la fin de son quinquennat. Le parti présidentiel est tenté de tracer un autre cadre pour changer le cours des choses.

Kamerhe en lançant cette plateforme adresse un message clair à Tshisekedi. Il met ainsi en place un dispositif qui sert de garde-fou face aux ambitions démesurées de l’UDPS. Il a raté la succession au deuxième quinquennat en 2023 mais il me semble qu’il n’est plus prêt de le perdre après 2028.

À mon humble avis, le combat politique de Vital Kamerhe consiste à rééquilibrer le rapport de forces politiques au sein de la grande plate-forme de l’Union sacrée pour la Nation en vue de conquérir la primature en 2024 et la succession au trône en 2028 qui, d’après les accords antérieurs, lui reviennent de droit.

LUI :
Mais alors comment réagira l’UDPS face à cette situation?

MOI :
Vital Kamerhe est un fin politicien et il sait que les signaux envoyés de par la naissance de PCR ont nécessairement eu un écho à l’UDPS et au Palais de la Nation. Ce n’est pas en vain qu’Augustin Kabuya a dû organiser à la va-vite, juste quelques jours après la naissance de PCR, une rencontre avec les autres poids lourds de l’USN, à savoir Bemba, Bahati et Mboso en vue de calmer les frustrations de ces derniers et pour stopper l’hémorragie rampante dans le corps de la grande plateforme présidentielle.

Intéressant tout de même d’écouter Kabuya lâcher de sa propre bouche cette petite phrase assassine à l’endroit de Kamerhe et comparses : “ ils sont libres d’avoir des AMBITIONS “. Demandons-nous alors de quelles ambitions parle le secrétaire général de l’Udps sinon celles que je viens de mentionner plus haut. C’est d’ailleurs pour cela que le même Kabuya conclut devant les journalistes : “Le danger (à entendre par là de telle réunion de PCR) peut intervenir seulement quand les gens se réunissent pour COMPLOTER contre l’USN”. Vous avez bien entendu le mot : comploter. Tout est dit sur la manière dont l’UDPS interprète l’initiative de VK. Plus besoin de commentaires supplémentaires.

C’est donc l’heure de grandes manœuvres politiques parmi ceux qui ont gagné les élections de la façon que l’on sait. Dans ce contexte précis, l’on se dirige soit vers la révision à la baisse des ambitions pantagruéliques de l’UDPS pour réduire au maximum les frustrations de ses partenaires politiques, soit alors vers son entêtement aveugle qui pourra générer un clivage dans la majorité présidentielle et précipiter la naissance en son sein d’une dissidence redoutable qui fera éclater les alliances qui ont porté Félix Tshisekedi au pouvoir.

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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