«FISTON, DE QUEL CÔTÉ S’EFFONDRE LE MONDE ??? »

Ce soir là, la mère de famille s’affairait à préparer pour son mari et son fils qui devraient tous deux partir pour un long voyage, un repas approprié, un plat spécial fait de maïs pilé et appelé « kende » chez les kongo. Elle fit cette recette dont elle avait seule le secret, l’empaqueta tout de suite des feuilles, y adjoignit ce condiment prisé avant de tout classer dans une besace.

Très tôt le matin, avant même que pointe l’aurore, le père et l’enfant se mirent en route . Ils dévorèrent des kilomètres jusqu’à ce que tomba dru sur leurs têtes un soleil de plomb mais ils tenaient à marcher encore et encore avec l’objectif de s’approcher de plus près du village où ils avaient le projet de prendre le trésor qui changerait le destin de toute la famille. Le chemin qui serpentait la savane se rétrécit tout à coup en un petit sentier qui les enfonçait progressivement dans une forêt dense. Il fallait donc que sous l’ordre du père, l’enfant grimpasse sur un arbre géant pour s’assurer de la bonne direction à prendre.

C’est justement à ce moment précis que le père resté par terre a choisi d’ouvrir le paquet de “kende” et d’en consommer une bonne partie sans penser à partager avec son fils qui continuait à se hisser plus haut au sommet de l’arbre.

Il y régnait un grand silence. On entendait à peine le bruit de feuilles contre lesquelles luttait l’enfant pour se faufiler un passage vers des sommets plus hauts. Le père un tantinet espiègle se mit à manger très vite pour gagner du temps et plaça une bonne réserve dans ses proches avant de replier les feuilles et de remettre le fil placé la veille par la sage et prévenante mère. Une très grande aubaine pour le père qui ne se lassa de faire tranquillement sa digestion.

Puis pour être sûr de bien distraire l’attention de son rejeton, il le héla avec ces paroles : « Eh fiston, cria-t-il, veux-tu bien regarder de quelle partie, notre monde est en train de s’écrouler !!!». Au fils de lui répondre : « Père, regarde bien. C’est exactement là où tu es assis que le monde est en train de s’effondrer». Ce fut le silence total. Le père sentit tout son corps engourdi de honte et lorsque finit par redescendre le fils, le pere n’osait plus se tenir devant son regard. Il se sentait confus de se croire plus malin. Confus en même temps d’avoir ignoré que toute sorte de crime commis à un niveau individuel détient le pouvoir de mettre en grave péril l’avenir de tout le groupe. Confus enfin d’avoir trahi la confiance d’un être cher.

Cette histoire, je l’ai entendue pour la première fois encore très petit, de la bouche même de mon défunt père qui faisait office de juge ( nzonzi) pour arbitrer un litige entre deux familles de notre village. J’en ai bien gardé un vif souvenir et je ne pouvais m’imaginer un seul instant en constater l’actualité en janvier 2024 sur une plus vaste échelle…
Et si ce fils hissé au sommet de l’arbre l’arbre était le peuple congolais lui-même, ahuri de voir ses dirigeants dilapider, sans foi ni loi, les provisions préparées pour un long voyage de cinq ans?

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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