LUI
Bonjour. Les jours passent vite et c’est déjà trois mois et quelques jours que la guerre entre la Russie et l’Ukraine a commencé. Mais un fait nouveau et insolite est intervenu avec la population de Bukavu qui réclame désormais l’arrivée des forces russes pour stopper la guerre. Quel regard d’analyste faites-vous sur cette évolution des événements ?

MOI
C’est une bonne question mais qui demande de voir le problème dans deux angles. Quand le Rwanda a décidé d’attaquer clairement la RDC, j’avais cru comprendre que Paul Kagame ne le faisait pas seulement de son propre gré. Sa décision militaire pouvait bien avoir été dictée par ses commanditaires anglo-saxons, les mêmes qui sont à la manœuvre en Ukraine, et qui auraient décidé d’attaquer les premiers en RDC ( vu par eux comme ce réservoir africain des minerais stratégiques) en vue d’ y dresser une muraille militaire et politique contre l’avancée russe sur le continent africain.

Dans ces conditions, toute cette soi-disant passe d’armes à quoi nous assistons aujourd’hui entre les gouvernements rwandais et congolais peut bien être un simple montage théâtral de mauvais goût pour créer les conditions d’instauration de cet ordre hermétique au profit des puissances atlantistes.

LUI
Oui c’est possible. Tout est possible dans ce pays. Par exemple on raconte que le gouvernement congolais a déjà libéré les deux prisonniers de guerre rwandais et que Kagame et Tshisekedi vont de rencontrer. Donc tout est possible. Vous parliez tout à l’heure de deux angles de vue. Lequel encore?

MOI
En connaissance de causes profondes de ce théâtre militaro-politique et de ses objectifs en cours en RDC, ceux qui ont initié ce matin la marche de soutien aux FARDC à Bukavu et ont appelé le soutien de la Russie ont sûrement compris que rien de bon ne sortira du discours du ministre congolais des affaires étrangères à l’ONU ni de la lettre de mise en garde remise par la Ministre de l’Environnement à l’ambassadeur rwandais. Rien de bon car ceux qui tirent les ficelles de la violence en RDC sont justement là à l’ONU et à Kigali qui refuse désormais les négociations, prenant l’option d’une guerre totale.
D’où le ras-le-bol des congolais face aux déclarations oiseuses et inefficaces de cette communauté internationale qui est restée môle et incapable de mettre fin à cette guerre qui dure déjà depuis 28 ans. D’où également la farouche volonté d’une grande majorité des congolais d’imiter le leadership malien et centrafricain en faisant appel aux forces russes pour enfin remettre de l’ordre dans l’appareil sécuritaire du pays.

LUI
Mais entre nous, vous croyez vraiment que cela peut se faire?

MOI
Oui et Non. NON tant que les actuels dirigeants politiques et militaires resteront en poste car ils sont des émanations directes de ceux qui sèment la violence en RDC.
OUI si l’armée se décide de ne plus obéir aux ordres iniques ayant pris l’habitude de leur intimer de stopper chaque fois que ses vaillants combattants ont été à deux pas de plier et de venir à bout de l’ennemi. Cette fracture de plus en plus visible entre l’armée et la doctrine prorwandaise de ses dirigeants politiques risque de devenir l’élément détonateur, ce facteur déterminant pouvant changer toute la donne politique de ce pays dans les jours qui viennent.

LUI
Vous avez vraiment raison. On le voit dans la contradiction entre l’agir de nos généraux sur le terrain des opérations militaires et les déclarations décourageantes du ministre et porte-parole du gouvernement qui fait des allégations de nature à soutenir l’adversaire et à décourager nos troupes.

MOI
C’est un peu ça.

LUI
Mais alors quelles pourront être les conséquences sur la RDC si notre pays prenait l’option de s’aligner sur la Russie?

MOI
Vous êtes sans ignorer la proposition de loi dite H.R.7311 Countering Malign Russian Activities in Africa Act et qui a été déposée au sénat américain le 4 mai 2022 dernier. Sous couvert de l’influence russe en Afrique, cette loi fixe les nouvelles règles consistant à sanctionner tous les gouvernements africains qui favoriseraient de quelconque manière une coopération avec la Russie. Tout gouvernement africain qui oserait entretenir une coopération militaire avec la Russie serait passible de sanctions américaines. De même pour tout gouvernement qui choisirait de favoriser la Russie au détriment des pays de l’alliance atlantique dans le business de ressources minières ou du commerce de matières stratégiques se verrait sous le rouleau compresseur américain. En d’autres termes cette loi obligerait désormais les gouvernements africains à traiter uniquement avec leurs partenaires occidentaux.

Il suffit de voir loin pour comprendre que cette loi donne à la première puissance mondiale un cadre juridique de déclencher les opérations militaires en Afrique pour empêcher la Russie et la Chine de marcher sur le plates-bandes occidentales africaines ou sur ce que tout le monde s’est habitué à appeler sans vergogne leurs pré-carrés en Afrique depuis la fameuse conférence de Berlin. À mon avis, vu l’importance stratégique des minerais du Congo, une pareille option politique ferait directement de la RDC le nouveau Dombass africain.

LUI
Vous êtes sûr de ce que vous dites de cette loi? Moi je trouve ça trop grave. Voulez-vous me citer vos sources où se trouve cette loi?

MOI
C’est simple. Allez consulter le siteweb du congrès américain www.congress.gov
Vous comprendrez que ce n’est pas de la simple imagination. Cette loi implique directement le continent africain dans le plan de guerre des américains contre la Chine. À défaut de voir leurs peuples mourir, la guerre pourra bien être exportée sur le continent africain comme cela a été le cas en Ukraine.

LUI
Vraiment si ça arrivait ça va être très grave. Je me demande quoi faire pour qu’on n’en arrive pas là ?

MOI
Il reviendra au détenteur du pouvoir en RDC d’en tirer les conséquences qui s’imposent pour savoir naviguer dans le marigot de crocodiles et à la partie de l’élite congolaise encore lucide et intègre d’informer l’opinion et d’anticiper sur le pire. Car contrairement à l’Ukraine ayant connu la solidarité européenne, aucun pays ne viendra à la rescousse de la RDC. Dans un contexte aussi difficile où la Russie lutte pour sa propre survie, cette posture géopolitique donnera du grain à moudre aux puissances internationales qui ne rêvent que de mettre la main sur le Congo mais se trouvent embarrassées par le jugement du droit international. Le contexte actuel de confrontation entre l’Otan et la Russie leur paraîtra comme une aubaine.
À mon humble avis, il faut éviter à la RDC d’être instrumentalisée dans une guerre qui a commencé SANS ELLE et en dehors de laquelle la RDC a tout intérêt de se placer dans une posture de non-alignement. Il faut que notre lutte de libération vienne de la base populaire qui exprime de plus en plus clairement sa volonté d’en découdre avec l’ennemi et non d’une tierce puissance prédatrice qui viendrait prendre place de la précédente.

LUI
Bon! Restons réalistes tout de même. De ce côté là la RDC peut rester tranquille rien qu’à voir l’action louable de l’ambassadeur américain à Kinshasa et les relations au beau fixe entre les deux pays.

MOI
Vous êtes vraiment sûr? Il ne faut peut-être pas vite jubiler. Car ce qui est remis en question dans la loi du sénateur Gregory W. Meeks ( c’est le nom de l’initiateur afro-américain de cette loi), c’est justement le droit inaliénable réservé aux nations de s’auto-déterminer librement de leur destin et de leur volonté souveraine à décider avec qui signer des accords de coopération régionales, continentales et internationales.

Il faut donc rester prudent et, pour cette raison, je préfère personnellement m’inspirer de la sagesse de l’emblématique diplomate américain Henry Kissinger qui déclarait ceci : “it may be dangerous to be America’s enemy, but to be America’s friend is fatal.” À entendre en français: “ il peut être dangereux d’être l’ennemi de des États-Unis d’Amérique mais être leur ami est fatal”. Ce diplomate et stratège de renommée mondiale a tout résumé de la situation actuelle de l’Afrique et du Congo de Lumumba. Que ce soit Goita ou Tshisekedi, que ce soit le Mali ou la RDC, on sera forcément tous obligés de choisir entre le danger ou la fatalité. Personne donc ne semble être à l’abri.

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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