Indéniablement, il n’y aurait jamais eu Ile de Gorée en 2015, ni Genval en 2016, moins encore Genève en 2018 si Joseph Kabila s’était choisi Moïse Katumbi comme dauphin en 2015. Par effet d’entraînement, il n’y aurait jamais eu non plus de deal JKK-Fatshi et ni de coalition Fcc-Cach en 2019. Donc : Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo ne serait pas du tout président de la République en ce moment précis. Il est en fait le gagnant premier de la rhétorique assassine et démagogique du « 3ème faux penalty » lancée par Moïse Katumbi le 23 Décembre 2014, Place de la Poste à Lubumbashi et acclamée par la population en liesse. Il est donc normal que Felix Tshisekedi se sente le perdant n°1 des retrouvailles entre katangais. La tentative de lui attribuer le succès de l’initiative de Mgr Fulgence Muteba Mugalu relève d’une récupération maladroite après les tirs canalisés sur le forum de Lubumbashi effectués par les proches du locataire du palais de la nation !

C’est ainsi que l’arrivée de Joseph Kabila à Lubumbashi le dimanche 22 mai 2022 pour participer à la cérémonie de clôture du ” Forum pour l’unité et la réconciliation des Katangais ” n’a pas été du goût de certains acteurs politiques et sociaux, surtout ceux qui s’affichent nationalistes et patriotes pour la consommation politique pendant qu’au quotidien, leurs faits et gestes sont une ode à l’ethno tribalisme.

Rien de surprenant puisque dès l’annonce, par Mgr Fulgence Muteba Mugalu, de la tenue de ce forum, des réactions négatives ont été enregistrées principalement côté Union Sacrée de la Nation ayant pour autorité morale Félix Tshisekedi. Elles sont allées dans le sens de  diabolisation des personnalités katangaises à s’être prononcées favorablement. Et quand les allusions n’ont pas soupçonné le coup de la sécession de 1960, les attaques ont versé dans la stigmatisation, index pointé sur la question de nationalité qualifiée de douteuse de certains acteurs pro-conférence. Comme si pareil débat a encore sa place après les élections de 2018 et les consultations de 2020 au palais de la nation.

Se rendant tardivement compte de l’inéluctabilité du processus enclenché par le Forum de réconciliation, les proches du chef de l’Etat ont vite fait de changer de discours en lui attribuant l’initiative originelle. Ils ont trouvé la parade au travers des déductions alambiquées du genre ” Si Tshisekedi avait laissé Katumbi en exil, la réconciliation avec Kabila n’aurait jamais eu lieu “.

Secrétaire général de l’Udps, Augustin Kabuya est sorti de son devoir de réserve. Lui qui déclare continuellement ne rapporter que ce que Félix Tshisekedi lui dit affirme, selon Barick Bwema de Top Congo Fm : ” Dans cette démarche, c’est Tshisekedi qui dérange, un Kasaïen comme on le présente “. Et d’ajouter : « Le Seigneur savait qu’en cette période, il y aura un Kasaïen à la tête du pays. Ils se sont réunis pour combattre un enfant de Dieu. Le Seigneur va entrer dans la scène maintenant ». Il rappelle au passage les bienfaits de Félix Tshisekedi : retour d’exil de Moïse Katumbi, libération des prisonniers Jean-Claude Muyambo et Edy Kapend.

Katumbi a tout donné à Tshisekedi

Avec un tel argument, l’effet inverse incite à se demander comment Félix Tshisekedi serait-il devenu président de la République si un certain Moïse Katumbi ne l’avait pas porté à bras-le-corps et si, plus tôt, Joseph Kabila avait adopté ce dernier comme son dauphin en 2015 !

Car, tout part de là

En octobre 2015, à une année de la présidentielle de 2016, Moïse Katumbi a des ambitions, légitimes certes, de briguer le poste de président de la République. Il a toutefois conscience de n’avoir pas trop de chances d’y parvenir en raison de la succession à la fonction. 

En effet, après Laurent-Désiré Kabila du Katanga et Joseph Kabila du Katanga, l’avènement d’un troisième chef d’Etat ressortissant du Katanga avec possibilité d’un double quinquennat se révélait hypothétique. Le total ferait 4 ans avec Mzee, 18 ans avec le Raïs et 10 ans avec Chairman. Soit 32 ans.  Comme les 32 ans de l’Equateur avec le maréchal Mobutu. 

Les couleuvres étant trop grosses pour être avalées, Moïse Katumbi, pragmatique, démissionne à la fois du Pprd et du poste de gouverneur du Katanga pour se rapprocher de l’Opposition, particulièrement de l’Udps, pendant qu’une entente est déjà en cours entre le camp Kabila et l’Udps dans des négociations qui ont lieu à Ibiza, à Venise et à Paris, négociations sanctionnées par un accord signé pour l’Udps par le Dr Oly Ilunga et, pour le PPRD par le Pr. Néhémie Mwilanya. L’un à la tête d’une délégation comprenant entre autres le Secretaire gégéral Bruno Mavungu (Paix à son âme). L’autre à la tête d’une délégation constituée de Kalev Mutond et Alexis Thambwe Mwamba. Le PPRD va respecter tous ses engagements jusqu’au bout jusqu’au 1er Février 2017, en faveur de l’Udps , exactement d’Etienne Tshisekedi.

Pendant que tout le monde attend son tête-à-tête avec Étienne Tshisekedi en séjour médical prolongé à Bruxelles, un évènement se produit plutôt à Paris le 10 décembre 2015 : la rencontre Moïse Katumbi-Félix Tshisekedi. Katumbi flanqué de Salomon Idi Kalonda, Tshisekedi de Samy Badibanga. La photo fait le buzz sur Internet. Témoin de l’événement : Jeune Afrique. Sous le titre : ” RDC : Moïse Katumbi et Félix Tshisekedi s’unissent à Paris pour le départ de Joseph Kabila en 2016 “, l’hebdomadaire rapporte que « L’ancien gouverneur de l’ex-Katanga et le fils de l’opposant historique se sont rencontrés, ce jeudi 10 décembre à Paris. Ils veulent faire cause commune pour obtenir une élection présidentielle sans participation du président sortant, Joseph Kabila, et dans les délais constitutionnels. Ils ont également évoqué une candidature commune ».

La suite sera une succession des rendez-vous, chacun avec sa dénomination : Île de Gorée en décembre 2015 avec Front citoyen 2016. Genval en 2016 avec Rassop. Genève en 2018 avec Lamuka

A Genval, tout le monde s’en rend compte : Etienne Tshisekedi est terriblement affaibli par la maladie. A peine parvient-il à marcher dans la salle, à saluer les participants et, surtout, à les reconnaître. Virtuellement, il n’est plus apte pour la présidentielle.

Étant entendu que pour espérer accéder à la fonction présidentielle, il faut parfois la caution de Washington, c’est Moïse Katumbi – et non le contraire – qui va introduire Félix Tshisekedi dans les milieux américains par le canal des thinks-thanks comme Atlantic Council où travaille un certain Peter Pham. 

Moïse Katumbi accompagnera Félix Tshisekedi à toutes les étapes. 

A Genève, par exemple, c’est lui qui vote pour Fatshi comme candidat commun de l’Opposition. 

Lors de la proclamation, par la Ceni, des résultats provisoires de la présidentielle de 2018, c’est lui qui, le premier, félicitera Fatshi de sa victoire pendant que les Américains, convaincus par la Cenco,  réclamaient le recomptage des voix qu’ils savaient favorables à Martin Fayulu.

Après l’investiture de Félix Tshisekedi en qualité de président de la République en janvier 2019, c’est Moïse Katumbi qui se proclame de l’Opposition républicaine, non pour le combattre mais plutôt le sécuriser.

Lors des consultations au Palais de la Nation pour consacrer la rupture de la coalition Fcc-Cach, c’est Moïse Katumbi qui apporte à Félix Tshisekedi le poids politique le plus important à la réussite de cette rencontre, comparé à celui d’autres protagonistes. 

On peut avec ces faits l’affirmer : Katumbi a tout donné à Tshisekedi

Peut-on dire de la moisson récoltée qu’elle est le reflet de la semence ? Pas du tout.

Le siège devient éjectable

 Au nombre des signaux d’ingratitude lancés par les proches de Tshisekedi, il y a cette histoire de congolité

Il est vrai que la Majorité présidentielle avait basé son opposition à la candidature de Moïse Katumbi à la détention, par ce dernier, d’un passeport italien. Mais, l’Udps a fait pire en cautionnant la proposition de loi Tshiani, initiative interdisant l’accès à la fonction de président de la République à tout congolais dont l’un des parents n’est pas de nationalité congolaise.

A l’époque où la MP combattait Moïse Katumbi, l’Udps et tous ses alliés de Genval défendaient la congolité de leur allié. Aussi, la constance qui caractérise l’Udps se serait matérialisée au travers du rejet catégorique de la proposition de la loi Tshiani. L’Udps aurait dû récuser l’endossement de cette proposition par le député national Usn Nsingi. Au contraire, ce parti va contribuer largement à la diabolisation du meilleur partenaire d’hier.  

            Pire, alors que Moïse Katumbi ne s’était même pas prononcé pour sa candidature à la présidentielle de 2023 ni de 2028, l’Udps laisse sa grosse artillerie le pilonner, usant de son devoir à l’ingratitude à l’égard de tous ceux qui, au cours de ces sept dernières années, l’ont aidée à accéder au Pouvoir puis à le consolider :  Les cardinaux Laurent Monsengwo et Fridolin Ambongo pour la Cenco, Vital Kamerhe pour l’Unc, Corneille Naanga et Ronsard Malonda pour la Céni, Joseph Kabila pour le Fcc, Albert Yuma pour la Fec, Jean Marc Kabund et le Dr Oly Ilunga pour l’Udps, Benoit Lwamba et Dieudonné Kaluba Dibwa pour la Cour constitutionnelle, François Beya Kasonga pour le Conseil National de Sécurité, et aujourd’hui, celui qui croyait être un allié fidèle, Moise Katumbi. Et la liste est loin d’être exhaustive.

            A 18 mois de l’échéance 2023, multiplier autant de fronts alors que c’est l’inverse qui s’explique doit avoir une seule signification pour Félix Tshisekedi, peut-être à l’insu de son parti et de ses alliés de l’Usn : se victimiser maintenant  comme le faisait son défunt père, pour justifier le non-renouvellement de la candidature ou la perte du pouvoir demain.            

Au moins, Félix Tshisekedi aura été le 5ème président de la RDC grâce à la crise surgie entre katangais. Et dès l’instant où ces derniers se retrouvent, il y a péril en la demeure  et le siège devient éjectable

Barnabé KIKAYA Bin Karubi

Ancien Ministre, Ancien Ambassadeur, Ancien Député, Professeur à l’Université de KINSHASA, Faculté des Lettres, Département des Sciences de l’Information et de la Communication, Kinshasa, R.D. Congo.

www.kikayabinkarubi.net | Twitter: @kikayabinkarubi

By Joel Konde

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