( Cette analyse était publiée le 8/04/2020. Interessant d’en juger la teneur deux ans plus tard)

Après sept heures d’audition par le procureur général près la Cour d’appel de Matete, c’est désormais officiel, Vital Kamerhe, le puissant Directeur de Cabinet du Président Félix Tshisekedi, a été transféré à la prison centrale de Makala ce soir vers 19h, suite aux allégations de détournement dans l’exécution du Programme des 100 jours.

A quels scenarios pourrons-nous nous attendre dans les prochains jours ? A mon humble avis, ils peuvent être trois.

Premier scenario : Une mise en scène pour calmer la colère du peuple.

Depuis que n’ont pas été tenues les promesses du Programme des 100 jours sur l’exécution des grands travaux, la tension est montée d’un cran auprès du souverain primaire congolais qui a visiblement perdu sa confiance dans ses gouvernants. Le duo Cach a pu alors passer en revue toutes les options pour réussir à sortir la tête de l’eau et la solution d’arrestation provisoire du DirCab pourra bien avoir été peaufinée bien avant, de concert entre les deux alliés pour à la fois calmer la fureur du peuple et donner l’impression que personne n’est au-dessus de la loi pour le fonctionnement d’un état de droit qui n’en est plus un depuis des lustres.

Cette hypothèse peut être corroborée par deux faits majeurs. D’abord le communiqué de la Direction politique de l’UNC fait hier mardi 7 avril, invitant la base au calme et à rester mobilisée derrière le Chef de l’État puis l’audience que le président Félix Tshisekedi a accordée ce même mercredi à quelques cadres de l’UNC à qui des garanties ont pu être données pour éviter inutilement la surenchère politique sur un problème dont l’issue heureuse serait déjà connue.

Le sort de Vital Kamerhe pourra alors être semblable à celui du DG de Rawbank ou de Safricas amenés tambour battant à la prison Centrale de Makala mais vite remis en liberté juste quelques jours après sans que le peuple sache exactement leurs véritables responsabilités dans les détournements de deniers publics congolais dont les preuves matérielles sont à la portée de tous.

Si tel est le cas, alors cette arrestation dite « provisoire » dans le verdict du Procureur Général peut effectivement produire ses effets temporaires dans la libération imminente de Kamerhe dans les prochains jours ou semaines. Tout le bruit autour de ce dossier aura servi d’effet cosmétique pour amuser la galerie, pour donner la fausse impression que la justice a repris son droit de faire son travail et pour agrandir enfin de compte l’aura politique du coupable qui revêtira l’habit d’une victime contre qui se sont déchaînés une campagne de diabolisation et un acharnement indigne de « loyaux services » rendus à la Nation.

Deuxième scenario : enfin le pouvoir judiciaire congolais reprend ses prérogatives de dire le droit en toute impartialité…

Qui ignore que si l’État de droit peine à s’instaurer au Congo, c’est principalement à cause de la faillite du système judiciaire de ce pays, ce troisième pilier de la démocratie qui, à côté du parlementaire et de l’exécutif, devrait appliquer en toute équité la justice envers tous sans distinction des classes sociales. La petite histoire de ce pays nous démontre que la Justice ayant été instrumentalisée et caporalisée par les tenants du pouvoir, elle a perdu depuis longtemps sa capacité de dire le droit en toute indépendance et en toute impartialité.

Au cas où le Procureur Général aura décidé de faire volte-face et de marcher à contre-courant en vue de redorer le blason terni du système judiciaire congolais, alors l’arrestation de Kamerhe et le procès équitable qui en suivra pourront sonner la fin de la recréation dans la gestion de la chose publique dans ce pays.

A ce que je sache, le Parquet Général n’a pas communiqué officiellement le motif de son arrestation provisoire mais j’ose croire que les jours qui viennent seront décisifs pour évaluer le sérieux même de l’institution judiciaire congolaise qui devra prouver ne pas vouloir faire une justice ni théâtrale ni sélective mais résolument décidée d’aller au-delà de simples malversations du Programme de 100 jours pour enfin démanteler toutes les fondations de ce système inique et perverti qui règne impitoyablement sur le peuple congolais et dont les animateurs se permettent en toute impunité de loger 15 milliards USD (3 fois le budget national 2020) dans les iles vierges ; à voler 200 millions USD de la Gécamines ; à détourner au vu et au vu de tous 15 millions USD du trésor public sans qu’une voix s’élève pour condamner des telles gabegies financières.

Troisième scenario : Le début d’une opération pour se débarrasser d’un allié encombrant et pour au final couler le Cach.

Pendant que tout le peuple sait que Vital Kamerhe est détenu à Makala à la suite d’un mandat d’arrêt « provisoire », l’ère post-Kamerhe est déjà une réalité dans le proche entourage du président de la République où de toute évidence le poste du Directeur de cabinet est en voie d’être confié à François Beya qui se prépare à assumer les fonctions du DirCab intérimaire avant d’être confirmé dans ses fonctions selon la tournure que prendra le vent politique.

Si se confirmait la rumeur de 20 ans de prison ferme qui nous parvient des proches du Procureur Général, alors Il est fort probable que le président Félix Tshisekedi se repositionne, cherchant à tirer profit de présentes démêlées judiciaires pour se débarrasser d’un ancien allié devenu trop encombrant et pour faire couler le Cach en vue de déblayer le boulevard qui le portera plus librement et comme seul chef à bord au scrutin présidentiel de 2023.

C’est de la réaction de cadres de l’UNC qui en savent aussi beaucoup sur leur allié de l’UDPS et qui peuvent lui réserver la surprise de révélations désagréables que dépendra la suite des événements. Soit Tshisekedi manœuvre pour les retourner contre leur ancien patron en vue de sauvegarder la survie d’un Cach qu’il contrôlera entièrement soit il en fait des adversaires politiques faciles à manipuler car il sait qu’ils ne pèsent pas grand-chose à l’absence de leur leader.

Il ne pourra pas non plus ignorer la nuisance de son allié Fcc qui, tout en restant capable de tirer les ficelles dans l’ombre via le nouveau DirCab qui est issu de son système, se frotte les mains devant l’implosion programmée du duo Tshisekedi-Kamerhe et se trouve plus aguerri à affronter en solo un Fatshi affaibli pour s’être aliéné et la base de l’Unc et celle de Lamuka. Après avoir déblayé en amont l’espace politique, l’autorité morale de Fcc pourra appliquer en aval son légendaire mode opératoire propre à tout prédateur et consistant à isoler méthodiquement sa proie en vue de mieux l’assommer au moment opportun.
Pour tout dire, l’avenir nous réservera de grandes surprises. Wait and see!

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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