L’influent ambassadeur des États-Unis en RDC, Mike Hammer, d’ordinaire prudent quant à toute critique du government de Félix Tshisekedi, a pris ces dernières semaines une position ferme en privé avec Jean-Hervé Mbelu Biosha, le nouveau chef de la direction nationale du pays. agence de renseignement, l’ANR. La pomme de discorde entre les deux hommes porte sur les circonstances qui ont conduit à l’arrestation, le 5 février, de l’ancien haut conseiller à la sécurité du président François Beya, qui est depuis détenu par les services de sécurité.

A ce jour, les raisons de son arrestation restent floues. Les autorités ont largement accusé Beya d’avoir porté atteinte à la sécurité de l’État dans une déclaration lue à la télévision, mais son sort continue de susciter des interrogations. Hammer, comme d’autres diplomates occidentaux à Kinshasa, soupçonne que Beya a été victime d’un coup monté. Des rumeurs d’une querelle impliquant le conseiller privé du président Fortunat Biselele, également connu sous le nom de “Bifort”, ont circulé, et les diplomates craignent que l’arrestation de Beya n’ait durement ébranlé l’appareil sécuritaire de la RDC.

Tampon contre le sentiment anti-rwandais

L’inquiétude est particulière au Rwanda, où Beya serait proche du général Joseph Nzabamwita, maître-espion du président Paul Kagame. En effet, ces liens ont joué un rôle clé dans le rapprochement entre Tshisekedi et son homologue rwandais au début de son mandat. Kigali appréciait Beya, qui servait de tampon utile contre le sentiment anti-rwandais qui prévaut encore dans l’administration congolaise.

Biselele, qui a traité des affaires impliquant le Rwanda et la RDC dans le passé, n’est pas aussi populaire que Beya auprès du régime de Kagame. Bien qu’il ait été formé par les services de sécurité rwandais au début des années 2000, Kigali considère “Bifort” comme peu fiable et lui reproche son rôle dans l’intervention de l’armée ougandaise contre la milice des Forces démocratiques alliées (ADF) liée aux islamistes fin 2021.

Nous comprenons qu’entre février et mars, le Rwanda a envoyé un émissaire dans la capitale congolaise pour s’enquérir de Beya et, plus largement, de la coopération sécuritaire entre les deux pays. L’émissaire a contacté une ambassade européenne à ce sujet et a demandé que cette information soit transmise au président congolais. Selon une source sécuritaire contactée par Africa Intelligence, cette manœuvre n’était pas du goût de Tshisekedi, qui y voyait la preuve que son ancien conseiller était trop proche du Rwanda. La situation a renforcé le manque de confiance entre les deux pays, la RDC soupçonnant son voisin de soutenir sournoisement le groupe rebelle congolais M23.

Un pont entre Touadera et Tshisekedi

Que d’autres pays africains aient envoyé des émissaires à Kinshasa est révélateur du rôle central joué par Beya dans les affaires sécuritaires de la région. Le Congo voisin et le Togo, qui a envoyé son ministre de la fonction publique Gilbert Bawara à Kinshasa, se sont renseignés sur l’affaire. Le chef du renseignement congolais, Jean-Dominique Okemba, dit “JDO”, est réputé très proche de Beya. Les deux hommes se sont rencontrés lorsque Beya était à la tête de la Direction générale des migrations sous Joseph Kabila (AI, 10/02/22). Depuis son arrestation, « JDO » s’est rendu plusieurs fois à Kinshasa pour discuter de l’affaire. Début mai, sa femme est également venue en personne dans la capitale de la RDC pour rendre visite à Beya dans sa cellule de la prison de Makala. La République centrafricaine a également envoyé un représentant à Kinshasa pour discuter de Beya, qui a servi d’intermédiaire entre Touadera et Tshisekedi à plusieurs reprises.

Plus loin, malgré le rapprochement sur les questions sécuritaires initié entre Paris et Kinshasa en 2019, la France s’est montrée très critique à l’égard de l’arrestation du maître espion. Beya était en contact régulier avec l’agence française de renseignement extérieur, la DGSE (AI, 25/05/21), et Paris voit dans son éloignement une preuve supplémentaire de l’isolement et de la dépendance de Tshisekedi vis-à-vis de son entourage, dont certains membres réclamaient le départ de Beya. départ pour plusieurs mois. Malgré tout cela, une visite à Kinshasa du président français nouvellement réélu Emmanuel Macron reste une possibilité dans les mois à venir.

By Joel Konde

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