Thomas Luhaka lève l’option.

  1. Thomas Luhaka, que nous avons laissé à Butembo devant son dilemme; Jean-Pierre Bemba, le président du FLC, Front de Libération du Congo (mouvement politico-militaire issu de la fusion du MLC et du RCD-K/ML), lui a donné l’ordre de monter avec sa brigade (2700 hommes) à Beni pour rétablir l’ordre; et Mbusa Nyamwisi, le président de son mouvement d’origine, le RCD-K/ML, lui demande de ne pas bouger de Butembo. Thomas Luhaka va donc lever une option et la communiquer à son camarade Éric Nzongomeka, l’émissaire de Mbusa Nyamwisi.

Il a décidé de voler au secours de Jean-Pierre Bemba pour quatre raisons :

  • Jean-Pierre Bemba est le président du FLC et Commandant en chef de l’ALC (Armée du Libération du Congo), la branche armée du FLC ; son ordre prime sur tout autre.
  • L’ordre de Mbusa lui est transmis par un intermédiaire ; rien ne lui garantit que cet ordre soit authentique. Parce que son camarade Nzongomeka fait partie de ces mécontents du RDC-K/ML qui souhaitent la dissolution du FLC.
  • Si le FLC était devenu un problème, on pourrait convoquer une réunion des parties prenantes pour prononcer le divorce et se séparer à l’amiable, sans se faire la guerre.
  • Sur le plan politique, Thomas Luhaka considère que le FLC était une étape intermédiaire dans le processus de réunification du territoire nationale.

La RDC en trois zones autonomes

Il faut peut-être rappeler ici qu’en 2001 le pays est divisé en trois zones autonomes : la Zone gouvernementale (une partie de l’Equateur, le Bandundu, Kinshasa, le Bas-Congo, le Kasaï sans le Sankuru et une partie du Katanga ; la zone du FLC (une partie de l’Equateur une partie de la Province Orientale et une partie du Nord-Kivu) et la zone RCD-Goma (une partie de la Province Orientale et du Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema, le Sankuru et le nord du Katanga).

L’intervention ougandaise à Beni

  1. Mais la solution à la guerre de Beni ne viendra pas de Butembo, malgré le fait que Thomas Luhaka a levé l’option de se porter au secours de Jean-Pierre Bemba, mais plutôt de Kasese, une ville ougandaise située pas très loin de la frontière congolaise.

Sur une base militaire de l’UPDF (Uganda People Defence Force), l’armée ougandaise, deux amis discutent en prenant un verre. C’est le Général James Kazini, le Chef d’Etat-major général de l’Armée ougandaise, et son ami congolais Roger Lumbala. Le téléphone sonne et le général décroche. Il parle pendant quelques minutes. Après avoir raccroché, il informe Roger Lumbala que c’est le président Museveni qui vient de l’appeler pour l’instruire d’aller immédiatement à Beni secourir Jean-Pierre Bemba qui est en difficulté ; il est encerclé depuis trois jours par les militaires de Mbusa.
Le général entre dans sa maison et ressort habillé en tenue de combat ainsi que sa garde rapprochée. Il demande à Roger Lumbala de l’accompagner à Beni. Lumbala accepte. Ils montent dans l’avion de l’UPDF qui était stationné sur l’aéroport de la base militaire et décolle.

Le général ougandais James Kazini à Beni

  1. Le général James Kazini et Roger Lumbala atterrissent à Beni en essuyant quelques tirs et se rendent directement au quartier général du contingent ougandais de Beni. Le Chef d’état-major général ougandais fait arrêter immédiatement le colonel Burundi, le commandant du contingent ougandais, et donne le commandement à un jeune major qui était le second du colonel Burundi. Il l’instruit de rétablir l’ordre immédiatement à Beni en commençant par libérer Jean-Pierre Bemba de l’encerclement.
    L’armée ougandaise sort les ” Bifaru “

Fort de ces instructions, le major ougandais sort les chars de combat et les auto-blindés (Bifaru en swahili, les rhinocéros) de l’armée ougandaise et se lance à la traque des éléments de Mbusa qui étaient autour de la concession ENRA où se trouvait Jean-Pierre Bemba.
A la vue de la puissance de feu déployée par les ougandais, les militaires de Mbusa vont se disperser dans la nature. Et Jean-Pierre Bemba est sauvé.

Jean-Pierre Bemba reprend le contrôle

Le chairman Bemba ordonne l’arrestation du colonel Gédéon Kibonge, cadre du MLC et chef hiérarchique de Thomas Luhaka. Bemba lui reproche le fait que, lors des affrontements, il aurait pris parti en faveur des militaires de Mbusa aux coté du colonel ougandais Burundi. Bemba l’envoie à Gbado-lite où il restera en prison jusque vers la fin de la rébellion. Manifestement, Jean-Pierre Bemba va modifier son opinion sur ce grand officier ex-FAZ. Puisque lors de dernières nominations au sein de l’ALC (Armée de Libération du Congo) Gédéon Kibonge est promu général. Quant à Thomas Luhaka, Jean-Pierre Bemba le nommera colonel.

La fin du FLC

  1. A la suite de la guerre de Beni une grande réunion est organisée à Kampala sous la présidence du numéro un ougandais Yoweri Kaguta Museveni. Y sont conviés les hauts cadres du FLC : Jean-Pierre Bemba, Olivier Kamitatu (MLC), Antipas Mbusa Nyamwisi (qui est revenu d’Afrique du Sud), John Tibasima (RCD-K/ML), Roger Lumbala (RDC-N) . . .
    Au cours de cette réunion deux points de vue s’opposent radicalement. Jean-Pierre Bemba est favorable à la continuité du FLC ; alors que Mbusa Nyamwisi y est farouchement opposée.

Le président ougandais Museveni constate que la volonté de travailler ensemble a disparu chez l’une des parties (RCD-K/ML) et que lui n’a pas le pouvoir d’imposer quoi que ce soit à ces alliés congolais.
Il prend donc acte de la fin du FLC.

Il faut en tirer maintenant toutes les conséquences. Jean-Pierre Bemba et ses camarades du MLC décident de rentrer chez eux à Gbdolite. Chaque mouvement reprend son territoire qu’il administrait avant la création du FLC. Et chacun des anciens alliés reprend ses troupes.
C’est ainsi que s’achève la saga du Front de Libération du Congo, FLC en sigle.

L’Ituri sombre dans le chaos

Si, à la dissolution du FLC et le retrait de troupes du MLC, Mbusa Nyamwisi et le RCD-K/ML arrivent à garantir la sécurité des personnes et de leurs biens dans les territoires de Beni et de Lubero, en revanche, la province de l’Ituri va sombrer dans le chaos avec l’apparition des plusieurs milices tribales. Ces mouvements sont créés et dirigés par des anciens cadres du RCD-K/ML. UPC de Thomas Lubanga et Bosco Taganda; FNI de Ndjabu; PUSIC de Chef Kawa. . .
Nous y reviendrons ultérieurement.

La poursuite de la guerre RCD-K/ML – MLC

Mais cela ne veut pas dire que la disparition du FLC a mis un terme à la rivalité MLC – RCD-K/ML. En effet, chacun ayant récupéré son territoire d’origine et son armée, les affrontements armés vont reprendre de plus belle sur le terrain. Avec le gouvernement de Kinshasa comme nouvel allié, et voulant profiter du retrait des troupes ougandaises du Congo, le RCD-K/ML, avec le soutien logistique de Kinshasa, se décide d’aller reconquérir le territoire du MLC. Les premières confrontations entre l’Armée du Peuple Congolais (APC), la branche armée du RCD-K/ML, et l’Armée de Libération du Congo (ALC), l’armée du MLC, auront lieu à la limite des provinces actuelles du Bas-Uélé et du Haut-Uélé.

La réapparition de Roger Lumbala et son RCD-N

Cette nouvelle guerre entre les deux anciens partenaires du FLC sera une opportunité pour le MLC de reconquérir une grande partie du territoire du RCD-K/ML en se cachant derrière un autre mouvement politico-militaire qu’il va ressusciter pour les besoins de la cause: le RCD-N de Roger Lumbala.

A suivre !

Prochainement, nous examinerons aussi le cas Thomas Luhaka. Qu’est-il devenu après la dislocation du FLC ?

Par Thomas Luhaka Losendjola

By Joel Konde

Joel Konde pour vous informé

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